lundi 7 mars 2016

2015 – Chiang Mai « Silver Buds », Thailande, Bannacha

Dégustation du 6 mars 2016


Informations et provenance : Ce thé blanc thaïlandais est un échantillon gentiment offert par Éric (ÉxcèTHÉra), sourcé à l'origine par William de Bannacha. On apprend dans sa fiche indicative que c'est un thé produit dans des cultures agroforestières, ce qui signifie que les buissons de thé poussent à l'ombre d'une forêt, laquelle s'occupe de fournir aux théiers les fertilisants naturels leur permettant de pousser en santé.


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, maintenue entre 80 et 90°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 45s. - 2m. - stop, corps qui rejette le thé. Total de deux infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont superbes et originales, faites de longs et fins bourgeons aux teintes claires et de feuilles très sombres. L'ensemble donne une impression de blanc et noir, yin et yang -- visuellement c'est très beau. Lorsqu'elles sont mouillées, le contraste continue en couleurs : le crème clair devient vert, le chocolat noir devient rouge.
La liqueur elle aussi a de magnifiques contrastes -- très pâle, d'un jaune crémeux presque blanc sur la première infusion, elle passe à l'orangé soutenu sur la seconde et prend des teintes rougeâtres sur la troisième (que j'ai infusé mais pas bu).


Odeur : J'ai passé un long moment à renifler les feuilles sèches avant de démarrer les infusions. Le parfum est subtil et sucré, difficile à identifier -- ça m'a donné envie de m'y pencher davantage. Mes conclusions sont loin d'être des certitudes, mais j'ai eu l'impression d'y déceler des fleurs vaguement citronnées et des parfums de poire pas mûre. Il y a une grande profondeur dans ce parfum, une dimension supplémentaire -- quelque chose que je ne suis pas habitué de retrouver dans les odeurs fleuries.
Enfin posées dans le gaiwan préchauffé, ce sont des odeurs de zeste de citron, de miel, de poires et de fleurs de tilleul qui se précisent. Les feuilles humides ont le parfum qu'on retrouve sous le couvercle : quelque chose de très sucré (voire même un peu trop) qui me rappelle le miel de tilleuil, les oranges confites et sur les infusions subséquentes, la brioche et les compotes de poires. Je retrouve également la brioche et la marmelade dans le fond de tasse -- une odeur qui s'évapore vite en laissant une trace de sucre.


Goût : La première infusion est légère, finement complexe avec des notes de zeste d'orange et de citron confit. On décèle également des notes florales, lesquelles prennent parfois le dessus, parfois sont plus en retrait -- tout ça dans la première infusion. Ces deux saveurs semblent à la fois être en contradiction et se mêler l'une à l'autre pour former un ensemble harmonieux, comme deux voix chantant les lignes convergentes mais bien distinctes d'une même chanson. En expirant, une superbe rétro-olfaction sur la marmelade envahit la bouche et les narines.
La deuxième infusion a laissé de côté ses notes florales pour s'approprier la marmelade ainsi que des notes de brioche épicée -- comme de la cannelle ou de la muscade peut-être. C'est doux, c'est bon, ça reste longtemps en bouche.


Texture : Ce thé est un nectar épais et huileux, qui tapisse les joues et la langue d'un filin gras et fragrant qui reste en bouche très longtemps. La deuxième infusion, bien que toujours aussi lourde, est un peu plus astringente et assèche légèrement la bouche. Rien qu'un peu de salivation ne peut arranger, et du coup la persistance des saveurs en semble décuplée.
Ce thé serait parfait...

... si mon corps ne le rejetait pas.
Car dès la première infusion, mon estomac gargouille de façon désagréable, comme si je venais de manger un aliment périmé. À la deuxième, c'est terminé : un picotement désagréable au niveau de la gorge devient brusquement un serrement qui me rend la respiration difficile, mon estomac est douloureux comme si je venais d'ingérer de l'acide de batterie. Au bout d'un moment une grosse nausée se déclare ainsi qu'un mal de tête lancinant, le tout accompagné de quelques étourdissements et d'un syndrôme de "pisse-mémère" comme l'appelait une amie -- j'ai dû boire 180 ml à tout casser, qu'à cela ne tienne, je dois aller vider ma vessie trois fois dans l'heure suivant la dégustation. J'ai fini l'après-midi couché dans le noir, à tenter de dormir pour évacuer le malaise. Ma journée de thé s'arrête là.

Alors qu'est-ce qui s'est passé ?

Il ne semble pas y avoir de cause "extérieure" -- ce n'est pas un thé particulièrement acide, il possède un peu d'astringence mais pas suffisamment pour faire réagir mon estomac (j'ai bu des thés bien pires que celui-là sans aucun souci), de toute évidence il est dénué d'insecticides et de fertilisants nocifs pour la santé. Rien pour expliquer les symptômes de mauvaise cuite, rien non plus pour expliquer la violence avec laquelle mon corps a réagi.

Ma théorie est plutôt simple du coup. On a tous des types d'alcool que l'on ne supporte pas -- pour certains, ce sera les alcools mêlés à des jus de fruits comme les mélanges vodka-orange, pour d'autres les alcools sucrés comme le baileys, pour d'autres la bière. Moi c'est le gin. Si j'essaie d'en boire, je passe directement de la phase "lucide" à la phase "malade", sans passer par les phases "détente" et "party" que l'on recherche habituellement en buvant.

Compte tenu des symptômes de cuite (parce que c'était littéralement ça, exactement comme si j'avais trop bu), je soupçonne simplement que je suis tombé sur un thé avec un potentiel "teadrunk" incroyable mais qui agit sur moi comme le gin.

J'ai quand même passé un bon moment gustatif et ça demeurera un thé que je recommande. Simplement moi, je n'en reprendrai plus. xD


Sons : J'accompagne cette dégustation de la chanson "Key of Twilight", interprété par Kajiura Yuki et faisant partie de la trame sonore de l'anime "Dot Hack Sign" (stylé ".Hack//Sign"). Lorsque je parlais de deux lignes musicales convergentes et pourtant distinctes pour décrire les saveurs de la première infusion, c'est à ce type de pièce que je pensais -- l'écart est net entre la voix qui chante une ligne calme et déterminée et la trame musicale qui semble, elle, être animée d'enthousiasme et d'une certaine urgence, mais c'est l'harmonie et la maîtrise de cet ensemble qui rend cette chanson si intéressante. C'est la même chose pour ce thé.



Couleurs : C'est la guerre ! Les pointes orangées et bleues livrent un duel à mort contre les pointes vertes et roses, qui se défendent honorablement mais semblent être incapable de reprendre le dessus. Le champ de bataille est chaotique, au bout d'un moment il devient impossible de distinguer quoi que ce soit.

2 commentaires:

  1. A ta décharge, les thés thaïlandais, c'est encore rarement vraiment fameux à moins de "taper" dans les très hauts grades :)

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    1. Haha ^^ Ben au goût il était bien hein, mais le reste, bon... Comme je disais sur le forum, troisième thé de Bannacha qui me fait un effet comme ça. Je ne saurais te dire quoi mettre en cause du coup.

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